Les derniers chiffres de l’Insee, publiés le 10 février, confirment une réalité que les organisations syndicales dénoncent depuis longtemps : la progression des effectifs publics repose presque exclusivement sur les contractuels, tandis que les titulaires reculent. Fin 2024, la fonction publique gagne 32 800 agents, mais cette hausse de 0,6 % ne doit pas tromper : le statut s’effrite, la précarité s’installe et les besoins réels ne sont pas couverts. (INSEE : L’emploi dans la fonction publique en 2024)
Cette analyse porte sur les choix de gestion et sur la fragilité inhérente aux contrats par rapport au statut, sans remettre en cause évidemment l’implication ni la qualité du travail des collègues contractuels.
Une croissance alimentée par les contrats
Dans la fonction publique d’État, la hausse des effectifs (+0,8 %) est portée par +3,5 % de contractuels, alors que les titulaires stagnent. Les ministères de l’Éducation nationale, des Armées et de la Justice concentrent l’essentiel des recrutements, tandis que d’autres perdent des postes. Au total, 24 % des agents publics sont désormais contractuels, et 74 % des nouveaux entrants ne bénéficient pas du statut. Le solde est sans appel : +125 700 contractuels contre –104 200 titulaires.
Catégories en mutation
Les catégories A et B progressent, la catégorie C recule nettement. Pour la première fois, les agents de catégorie A deviennent plus nombreux que ceux de catégorie C. En outre, la fonction publique se féminise encore, notamment dans les métiers du soin et de l’éducation, mais elle vieillit rapidement, conséquence directe de la réforme des retraites.
Douane : un statu quo intenable malgré l’explosion des missions
Alors que d’autres administrations voient leurs effectifs évoluer, la Douane reste globalement figée, sans perte ni gain net. Mais ce statu quo est un trompe‑l’œil : les besoins, eux, explosent.
- missions en forte hausse (trafics plus organisés, criminalité transnationale, contrôles renforcés, enjeux sanitaires et environnementaux) ;
- conditions de travail dégradées, avec des équipes réduites à l’os et des charges individuelles démesurées (ex. un seul agent pour suivre des centaines de buralistes dans plusieurs départements) ;
- applicatif chaotique, le déploiement du nouveau DELTA I/E a mis les équipes sous haute tension ;
- unités en tension, parfois très en dessous des effectifs cibles où les renforts annoncés ne suffisent pas à compenser les départs et les besoins opérationnels .
La Douane compte environ 16 500 agents pour couvrir l’ensemble du territoire, la Surveillance, les Opérations Commerciales, la fiscalité, la lutte contre les trafics, l'action en mer et le renseignement douanier. Un effectif stable… mais totalement déconnecté de la réalité des missions actuelles .
Autrement dit : les agents absorbent toujours plus de charge, sans renforts, sans reconnaissance, et avec des moyens humains qui stagnent dangereusement.
Un avertissement clair pour l’avenir du service public
Derrière les chiffres, un message s’impose :
la précarisation progresse, le statut s’effrite, et les administrations essentielles, comme la Douane, sont laissées à flux tendu malgré des enjeux stratégiques majeurs.
L'UNSA-FP et l'UNSA Douanes réaffirment l’urgence :
- plan massif de titularisation,
- recrutements pérennes à hauteur des besoins,
- revalorisation réelle des carrières,
- moyens humains renforcés pour la Douane, dont les missions sont au cœur de la sécurité, de la protection économique et de la lutte contre les trafics.
Sans un changement profond de cap, c’est la qualité même du service public, sa continuité et sa capacité d’action qui se trouveront fragilisées. À l’approche d’échéances électorales majeures, nous serons particulièrement vigilants quant aux orientations annoncées par les principaux responsables politiques et à la manière dont elles seront traduites dans les faits.